La Cour des comptes tire un signal d’alerte : le Maroc ne peut plus traiter séparément la souveraineté alimentaire et la transition climatique. Dans son dernier rapport annuel, l’institution présidée par Zineb El Adaoui appelle à une stratégie nationale intégrée, capable de répondre simultanément aux enjeux de sécurité alimentaire et de décarbonisation, tout en pointant des retards jugés préoccupants dans plusieurs secteurs clés.

Au cœur des recommandations, une idée domine : il faut accélérer les réformes structurelles et corriger les faiblesses de gouvernance qui freinent la performance et la durabilité des filières productives.

Agroalimentaire : un système de commercialisation jugé insuffisamment modernisé

Dans le secteur agroalimentaire, la Cour insiste sur la nécessité de moderniser en profondeur la commercialisation des produits, en renforçant les contrôles en aval et en appliquant plus strictement les normes liées au conditionnement et à l’hygiène.

L’institution souligne également les limites du contrat-programme 2017-2022 de l’industrie agroalimentaire, qui n’aurait couvert qu’une partie des filières. Le bilan dressé fait état d’un taux d’achèvement faible : seuls 48% des projets ayant sollicité un appui public à l’investissement ont été effectivement réalisés.

Pêche maritime : surexploitation, gouvernance incomplète et aquaculture marginale

Le rapport met aussi en évidence un retard dans l’adoption d’une nouvelle stratégie de développement de la pêche maritime, ainsi que dans l’activation de plusieurs organes de gouvernance. Résultat : certaines espèces continuent d’être exploitées au-delà des seuils biologiques acceptables, ce qui fragilise la durabilité de la ressource.

Autre point critique : l’aquaculture marine reste très peu développée, représentant moins de 1% de la production nationale. La Cour attribue cette situation à un manque d’attractivité du secteur, à des retards juridiques et à une insuffisance de compétences humaines qualifiées.

Le rapport relève par ailleurs la persistance de pratiques de pêche illégale, qu’il lie à des failles dans les dispositifs de suivi et de contrôle, notamment à l’échelle locale. Face à ces constats, l’institution recommande l’adoption rapide d’une nouvelle stratégie afin de consolider les acquis et garantir la durabilité des ressources halieutiques.

Forêts : 17.000 hectares perdus chaque année

La Cour des comptes alerte enfin sur l’état des écosystèmes forestiers. Selon ses estimations, le domaine forestier subirait une perte annuelle d’environ 17.000 hectares, tandis que la pression pastorale dépasserait de deux à trois fois la capacité des milieux, accentuant la dégradation.

L’institution souligne plusieurs insuffisances qui entravent les programmes de reconstitution forestière et recommande l’élaboration d’un plan d’action global, rassemblant l’ensemble des interventions autour d’objectifs clairs.

Elle plaide également pour un renforcement de la recherche forestière, une amélioration du système de production de plants, ainsi que la mise en place d’un système d’information intégré permettant un suivi continu des opérations de restauration.

Un appel à une stratégie cohérente, au-delà des approches sectorielles

Au final, la Cour des comptes appelle à dépasser les réponses fragmentées. Pour l’institution, l’enjeu est désormais de construire une stratégie cohérente, liant performance économique, sécurité alimentaire et exigences climatiques, afin de réduire les retards et sécuriser durablement les ressources du pays.

Avec MAP

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