Le débat sur la justice climatique et sa place dans les politiques publiques a été relancé au sein de la Chambre des représentants à l’occasion d’une conférence organisée par le groupe parlementaire du Parti du progrès et du socialisme (PPS), en partenariat avec la Coalition marocaine pour la justice climatique et plusieurs organisations de la société civile. Placée sous le thème des partenariats stratégiques entre Parlement et acteurs associatifs, la rencontre a réuni responsables institutionnels, élus et représentants de la société civile autour des défis climatiques et de leur articulation avec le développement durable.

Au fil des échanges, un constat commun s’est imposé : le changement climatique ne saurait être traité comme une question strictement environnementale. Ses impacts sociaux, territoriaux et économiques en font un enjeu structurant de l’action publique, interrogeant la cohérence des politiques menées, la répartition des efforts d’adaptation et l’effectivité des engagements annoncés.

Le Parlement appelé à élargir son rôle

Ouvrant les travaux, Rachid Hamouni, président du groupe parlementaire du PPS, a souligné que le choix du Parlement comme cadre de cette rencontre relevait d’une volonté politique assumée. Selon lui, les enjeux climatiques exigent une ouverture réelle de l’institution législative aux expertises issues du terrain. Il a plaidé pour un dépassement des consultations ponctuelles au profit de partenariats structurés et durables avec la société civile, estimant que la justice climatique ne peut être appréhendée sans une articulation étroite entre représentation politique et expérience citoyenne.

Dans la même perspective, Mohammed Nabil Benabdallah, secrétaire général du PPS, a insisté sur la nécessité de replacer les enjeux climatiques au cœur du débat parlementaire, tant dans l’élaboration des lois que dans le contrôle de l’action gouvernementale. Il a rappelé que la justice climatique suppose une approche transversale, capable de dépasser les logiques sectorielles et de traduire les engagements internationaux en politiques publiques effectives.

Stratégie climatique et limites structurelles

Intervenant au nom du département du Développement durable, Bouzekri Razi a présenté les grandes orientations de la stratégie climatique nationale à l’horizon 2030, articulée autour de l’adaptation, de la réduction des émissions de gaz à effet de serre et du renforcement des capacités. Tout en mettant en avant le caractère participatif des démarches engagées, il a reconnu l’existence de défis persistants, notamment en matière de financement de l’adaptation, de coordination intersectorielle et de territorialisation des politiques climatiques.

De son côté, Ibrahim Aaba, président de la Commission parlementaire des infrastructures et du développement durable, a rappelé que le Parlement dispose de leviers constitutionnels importants pour orienter la trajectoire climatique du pays. Il a insisté sur la fonction de contrôle et d’évaluation des politiques publiques, estimant que la crédibilité des engagements climatiques passe par leur inscription dans des cadres juridiques clairs et suivis dans le temps.

La société civile, productrice d’expertise

Plusieurs intervenants ont mis en avant le rôle central de la société civile dans la production d’analyses et de propositions issues du terrain. Pour Sanae Moussalim, représentante de la Coalition marocaine pour la justice climatique, le changement climatique constitue avant tout une crise sociale et territoriale, dont les effets se répartissent de manière inégale. Elle a appelé les institutions à reconnaître pleinement l’expertise citoyenne et à l’intégrer dans les processus décisionnels, au-delà des dispositifs consultatifs formels.

Les débats ont également porté sur la justice énergétique, l’agriculture et la gestion de l’eau. Abdelali Gmira, chargé de la justice énergétique au PPS, a mis en garde contre les risques d’une transition conduite sans concertation, susceptible d’accentuer les inégalités et de fragiliser l’adhésion sociale. Sghir Baâli, acteur associatif, a quant à lui souligné la nécessité de repenser les modèles agricoles face aux contraintes climatiques, en valorisant les initiatives locales et les approches territorialisées.

Inégalités persistantes et participation citoyenne

La question de l’inclusion des femmes et des jeunes a occupé une place importante dans les échanges. Omaïma Khalil El Fanne, représentant la coalition C4Y, a relevé l’écart persistant entre les principes constitutionnels d’égalité et leur traduction concrète dans les politiques climatiques. Elle a notamment pointé la vulnérabilité accrue des femmes en milieu rural face au stress hydrique et à la précarité énergétique, ainsi que la participation encore marginale des jeunes aux espaces de décision.

Vers une gouvernance climatique structurée

À l’issue de la rencontre, plusieurs recommandations ont été formulées afin de renforcer la gouvernance climatique. Elles portent notamment sur l’institutionnalisation du dialogue entre le Parlement et la société civile, le renforcement du droit d’accès à l’information environnementale, l’amélioration de la traçabilité des financements climatiques et l’intégration systématique de clauses environnementales contraignantes dans les politiques publiques.

Les participants ont également appelé à mieux articuler transition énergétique, justice sociale et démocratie, en intégrant les enjeux d’emploi, de formation et de reconversion professionnelle. L’ensemble de ces propositions vise à faire de la justice climatique non plus un principe déclaratif, mais un cadre opérationnel inscrit durablement dans l’action publique.

Source: Le Matin

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