La situation hydrique du Maroc connaît une amélioration notable, après plusieurs années marquées par un stress hydrique persistant. Lors d’une allocution prononcée mardi devant la Chambre des conseillers, le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, a fait état d’une inversion significative de la tendance, portée par des conditions climatiques particulièrement favorables enregistrées depuis le début de l’actuelle année hydrologique.

Les précipitations cumulées depuis le mois de septembre ont atteint 121,5 millimètres, soit une hausse de 114 % par rapport à la même période de l’année précédente. Ce volume dépasse également de 24 % la moyenne enregistrée sur les trente dernières années. À ces pluies soutenues s’est ajouté un enneigement important, qui a couvert jusqu’à 55.195 kilomètres carrés avant de se stabiliser à 22.600 kilomètres carrés, contribuant de manière significative à l’alimentation des ressources hydriques.

Cette conjoncture favorable s’est traduite par des apports hydriques conséquents aux barrages du Royaume. Entre septembre 2025 et le 20 janvier 2026, les retenues ont enregistré un volume global de 4,07 milliards de mètres cubes, dont près de 3,6 milliards de mètres cubes au cours des quarante derniers jours. Sous l’effet de ces apports, le taux de remplissage global des barrages est passé de 28 % à 48 %, offrant un répit appréciable aux réserves nationales.

L’évolution varie toutefois selon les bassins hydrauliques. Le bassin du Sebou affiche l’une des améliorations les plus marquées, avec un taux de remplissage porté de 36 % à 57 %, correspondant à un volume stocké de 3,16 milliards de mètres cubes. Cette hausse a entraîné le déversement des excédents de plusieurs barrages. Dans le bassin de l’Oum Er-Rbia, les réserves ont fortement progressé, passant de 250 millions de mètres cubes l’an dernier à 1,17 milliard actuellement, ce qui correspond à une hausse du taux de remplissage de 5 % à 24 %.

Le bassin du Bouregreg et de la Chaouia présente une situation quasi optimale, avec un taux de remplissage ayant bondi de 37 % à 95,5 % et un volume stocké de 1,03 milliard de mètres cubes, accompagné là aussi du déversement de plusieurs barrages. Des progressions notables sont également observées dans les bassins du Loukos, où le taux de remplissage atteint 64,3 %, et du Souss-Massa, qui affiche un volume de 382 millions de mètres cubes, portant le taux de remplissage à 52 % et permettant de sécuriser l’approvisionnement en eau potable pour au moins une année supplémentaire.

Le bassin du Tensift a, pour sa part, retrouvé un taux de remplissage de 75,7 %, un niveau comparable à celui observé en juillet 2017, tandis que le bassin Guir-Ziz-Rheris affiche une légère progression à 57 %. En revanche, les bassins du Drâa-Oued Noun et de la Moulouya demeurent à des niveaux plus stables, respectivement à 31 % et 39 %. Globalement, ces volumes permettent de consolider l’approvisionnement en eau potable à l’échelle nationale pour une durée allant d’une à trois années selon les régions.

Au-delà de cette amélioration conjoncturelle, le ministre de l’Équipement et de l’Eau a rappelé que le Royaume poursuit une stratégie structurelle visant à renforcer durablement sa sécurité hydrique face aux aléas climatiques. L’interconnexion des bassins constitue un axe central de cette politique, comme en témoigne le transfert de 953 millions de mètres cubes du bassin du Sebou vers celui du Bouregreg, une opération menée en situation d’urgence et jugée concluante.

Parallèlement, le dessalement de l’eau de mer est érigé en priorité stratégique. La capacité actuelle de production, estimée à 350 millions de mètres cubes par an, devrait atteindre 1,7 milliard de mètres cubes à l’horizon 2030. Plusieurs stations sont en cours de réalisation, tandis que d’autres projets sont programmés dans différentes régions du Royaume. La valorisation des ressources non conventionnelles constitue un autre levier important, avec un objectif de 100 millions de mètres cubes d’eaux usées traitées d’ici 2027.

Ces efforts s’accompagnent de la poursuite des programmes d’alimentation en eau potable au profit des douars et des centres ruraux, dans une logique d’équité territoriale. Si l’amélioration actuelle de la situation hydrique offre un sursis bienvenu, elle s’inscrit dans une approche de long terme visant à consolider les infrastructures et à diversifier les sources d’approvisionnement afin de garantir une sécurité hydrique durable face aux défis du changement climatique.

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