Longtemps cantonné à l’exploration des hydrocarbures et des ressources minières, l’Office national des hydrocarbures et des mines (ONHYM) opère un repositionnement stratégique de grande ampleur. Sous l’impulsion de sa directrice générale, Amina Benkhadra, l’institution élargit désormais son périmètre à des fonctions clés de la transition énergétique : stockage stratégique du gaz, préparation de l’hydrogène, captage et stockage du CO₂, tout en consolidant ses activités midstream et ses partenariats internationaux. Une évolution qui fait du sous-sol marocain un levier central de sécurité énergétique, de décarbonation industrielle et de développement territorial.
Du sous-sol à la souveraineté énergétique
Au cœur de cette transformation figure une étude nationale lancée en septembre 2025 sur le potentiel de stockage géologique du gaz naturel, de l’hydrogène et du CO₂. L’objectif est clair : doter le Maroc d’une capacité structurelle de sécurisation énergétique. « Il s’agit de préparer le pays à la fois à la gestion des flux gaziers actuels et aux futurs vecteurs énergétiques bas carbone », explique Amina Benkhadra.
Dans un premier temps, l’ONHYM privilégie le stockage stratégique du gaz, adossé à trois projets structurants : la reconversion et l’optimisation du gazoduc Maghreb-Europe (GME), le Gazoduc africain atlantique et le terminal GNL de Nador. À moyen terme, cette logique évoluera vers des hubs énergétiques multiproduits, capables d’intégrer le stockage d’hydrogène et, à terme, des solutions de séquestration du CO₂ pour accompagner la décarbonation industrielle.
Une montée en gamme internationale assumée
Cette ambition s’appuie sur un renforcement ciblé des partenariats internationaux. En octobre 2025, l’ONHYM a signé deux protocoles stratégiques avec la Fujairah Natural Resources Corporation et la Fujairah Oil Industry Zone, aux Émirats arabes unis. Ces accords visent à accélérer le positionnement du Maroc sur les minéraux stratégiques, la logistique énergétique et les sciences de la Terre.
La coopération avec la FNRC porte sur l’échange de données géologiques, la cartographie et la géophysique avancée, tandis que le partenariat avec la FOIZ concerne la structuration de zones industrielles énergétiques et le développement de hubs de stockage. Pour l’ONHYM, il s’agit de s’adosser à des acteurs disposant d’une expertise éprouvée dans la gestion d’infrastructures énergétiques de grande échelle.
Le midstream, pilier discret mais décisif
La filiale OMCo, bras midstream de l’ONHYM, joue un rôle de plus en plus stratégique. Elle assure déjà la gestion du gazoduc GME et se prépare à piloter les futures infrastructures de transport et de transit liées aux projets gaziers nationaux. L’interconnexion avec les pôles de consommation, notamment les centrales de l’ONEE, et le développement de nouvelles bretelles figurent parmi les priorités.
Cette montée en puissance s’accompagne de standards internationaux stricts en matière de gestion des risques, de maintenance et de modèles économiques, afin de garantir la durabilité financière des infrastructures. Dans un contexte régional marqué par l’incertitude énergétique, le midstream devient un facteur clé de résilience.
Un portefeuille gazier et minier en recomposition
Sur le plan de l’exploration, le Maroc conserve des atouts significatifs. Le bassin du Gharb, premier site de découverte gazière en Afrique du Nord, reste attractif grâce à des gisements rentables et à un réseau de gazoducs existant. Le bassin d’Essaouira continue d’alimenter les installations industrielles, notamment celles de l’OCP, tandis que Tendrara s’impose comme un pôle gazier majeur avec un projet Micro-GNL attendu en 2026.
Parallèlement, plusieurs bassins onshore et zones offshore, du nord au sud du Royaume, font l’objet de projets conduits avec des partenaires internationaux tels que Chariot Oil & Gas, Exxon Mobil, Hunt Oil ou NewMed/Adarco, renforçant la visibilité du Maroc sur la carte énergétique régionale.
Le bas-carbone comme prolongement naturel
Au-delà des hydrocarbures, l’ONHYM inscrit clairement son action dans la trajectoire bas-carbone. Le stockage géologique de l’énergie et le captage du CO₂ sont présentés comme une extension logique de son expertise historique. Une trajectoire d’investissement progressive sur la période 2025–2030 est définie, intégrant études, projets pilotes et partenariats public-privé.
Cette approche vise à faire du sous-sol marocain un outil actif de la transition énergétique, capable d’accompagner l’industrialisation tout en réduisant l’empreinte carbone des filières lourdes.
Retombées territoriales et leadership africain
L’impact économique et social reste un axe central. Chaque projet de l’ONHYM intègre un volet développement local : emploi, formation, infrastructures et recours aux entreprises régionales. Selon Amina Benkhadra, « chaque dirham investi par l’ONHYM génère en moyenne dix dirhams d’investissements partenaires », créant un effet d’entraînement sur les territoires.
Enfin, le Maroc s’affirme comme un acteur moteur de la gouvernance minière africaine. La Déclaration de Marrakech, adoptée lors de l’IMC Morocco 2025, pose les bases d’un cadre ESG unifié pour les minerais critiques. Une vision selon laquelle la souveraineté minérale du continent passe par des standards élevés et par la construction de chaînes de valeur industrielles locales, au-delà de l’exportation de matières premières brutes.
À travers cette stratégie, l’ONHYM ne se contente plus d’explorer le sous-sol : il en fait un pilier structurant de la sécurité énergétique, de la transition bas carbone et du développement économique du Maroc.
Avec Finances News


