Le Maroc poursuit la diversification de ses partenariats internationaux dans le domaine du nucléaire civil, avec un accent particulier sur la sûreté et la sécurité des installations. Dans ce cadre, un rapprochement stratégique est en cours avec l’Australie, pays clé de la chaîne mondiale de l’uranium, bien qu’il ne dispose pas lui-même de centrales nucléaires.
Les premiers jalons de cette coopération ont été posés ces derniers mois à travers des échanges institutionnels entre l’Autorité marocaine de sûreté et de sécurité nucléaires et radiologiques (AMSSNuR) et les autorités australiennes compétentes. En marge de la 69ᵉ Conférence générale de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) à Vienne, une réunion bilatérale a permis d’ouvrir la voie à une collaboration structurée, axée sur les bonnes pratiques, les processus réglementaires et le renforcement des capacités.
Cette dynamique s’inscrit dans la volonté du Maroc de consolider son rôle régional et international en matière de sûreté nucléaire, à un moment où les usages civils des technologies nucléaires – médecine, industrie, recherche, énergie – connaissent une montée en puissance, y compris dans les pays ne disposant pas encore de centrales.
Une coopération fondée sur l’expertise et la prévention
Un premier échange avait déjà eu lieu à Rabat, à l’occasion d’une visite de courtoisie de l’ambassadeur d’Australie auprès du directeur général de l’AMSSNuR, Saïd Mouline. Les discussions ont porté sur les axes de coopération possibles, notamment le partage d’expertise réglementaire et l’accompagnement des autorités dans la mise en place de cadres de contrôle rigoureux et indépendants.
L’intérêt de ce rapprochement tient aussi au positionnement particulier de l’Australie sur l’échiquier nucléaire mondial. Le pays d’Océanie détient les plus importantes réserves d’uranium connues et figure parmi les principaux producteurs de « yellowcake », le concentré d’oxyde d’uranium (U₃O₈) utilisé comme matière première du combustible nucléaire. Cette expertise industrielle, combinée à une forte culture de sûreté, confère à l’Australie un rôle central dans les discussions internationales sur le nucléaire civil.
L’uranium marocain revient dans le débat
En parallèle, l’intérêt pour l’uranium marocain refait surface. Le Royaume a été producteur jusqu’en 1999 et dispose, via sa roche phosphatée, de ressources potentiellement considérables. Selon plusieurs études géologiques, les phosphates marocains contiendraient un volume d’uranium supérieur à celui des plus grandes réserves minières australiennes.
La hausse des cours mondiaux de l’uranium et les tensions géopolitiques sur les marchés de l’énergie ravivent l’attention portée à la récupération de l’uranium à partir de l’acide phosphorique, un procédé techniquement maîtrisé et de plus en plus jugé économiquement viable. Des technologies émergentes, notamment basées sur l’échange d’ions ou la lixiviation directe, pourraient à terme réduire significativement les coûts d’exploitation.
Si aucun projet industriel n’a encore été lancé, ces évolutions renforcent l’intérêt stratégique du Maroc pour le renforcement de son cadre de sûreté, en amont de toute décision future.
La sûreté comme priorité régionale et internationale
Dans cette logique, l’AMSSNuR multiplie les initiatives sur le plan multilatéral. Le Maroc a récemment présidé la 11ᵉ réunion plénière du Réseau mondial pour la sûreté et la sécurité nucléaires (GNSSN), organisée à Vienne en marge de la Conférence générale de l’AIEA. Les discussions ont porté sur des enjeux clés : gestion des situations d’urgence, cybersécurité, intelligence artificielle dans la régulation, petits réacteurs modulaires (SMR) et renforcement des compétences.
Le Maroc s’affirme également comme un pôle régional de formation. En décembre 2025, Rabat a accueilli un atelier africain dédié à l’évaluation de la sûreté des petits et moyens réacteurs, réunissant des experts et régulateurs de plusieurs pays du continent. Objectif : doter les autorités africaines d’outils d’analyse technique robustes, à la fois déterministes et probabilistes, pour encadrer l’émergence de nouvelles technologies nucléaires.
À travers ces initiatives et ce rapprochement avec l’Australie, le Maroc confirme une approche progressive et prudente du nucléaire civil, fondée d’abord sur la maîtrise réglementaire, la coopération internationale et la sécurité, avant toute montée en puissance industrielle. Une stratégie de long terme, où la sûreté précède l’ambition.
Source: ALM


