Face à une disponibilité tombée à 600 m³ d’eau par habitant et par an, l’agriculture combine irrigation localisée, dessalement et cultures adaptées au stress hydrique.
Le Maroc dispose aujourd’hui d’environ 600 m³ d’eau par habitant et par an, contre 2.600 m³ en 1960. Le pays se situe ainsi sous le seuil critique de 1.000 m³. Cette contraction de la ressource place l’agriculture au centre des arbitrages hydriques.
Dans une analyse publiée par Entraid, l’agronome Marie Morineau décrit deux principaux systèmes mobilisés pour l’eau agricole : le stockage des précipitations par les montagnes de l’Atlas et les barrages, puis le dessalement de l’eau de mer. Le premier est fragilisé par la baisse des pluies et des stocks de neige. Le second reste coûteux et peut générer des concentrations de sel préjudiciables aux cultures et aux équipements d’irrigation.
Les cultures en strates gagnent du terrain
Avec l’appui de l’Institut national de la recherche agronomique, de nouveaux modes de culture sont soutenus dans les zones où les grandes cultures souffrent du stress hydrique. Des céréales comme le blé et l’orge sont associées à des cactus, des figuiers de barbarie ou des atriplex, parfois complétés par des oliviers, des arganiers, des amandiers ou du pâturage.
Dans la région de Tancherfi, l’association de l’orge avec l’Atriplex nummularia a augmenté le rendement de 40%, de 11 à 15 quintaux par hectare, selon une étude de l’INRA Maroc. L’arbuste fournit également 3.200 kg de bois de chauffage par hectare.
L’arboriculture concentre l’irrigation
L’arboriculture, notamment les agrumes, concentre la majorité des surfaces irriguées, alors que celles-ci représentent 15% de la surface agricole utile du pays. La progression du goutte-à-goutte améliore l’efficacité de l’apport d’eau, mais l’article souligne aussi les limites observées sur certains terrains, où le sol demeure sec entre les arbres.
Au Maroc, 89% de l’eau prélevée et non restituée aux milieux aquatiques est destinée à l’agriculture. L’État finance des techniques plus efficientes que l’irrigation gravitaire traditionnelle. Toutefois, les tensions d’approvisionnement conduisent parfois à l’utilisation d’eaux usées non traitées.
L’analyse relève enfin une agriculture à deux vitesses : les productions arboricoles concentrent l’essentiel de l’irrigation, tandis que les dispositifs de financement, bien qu’ouverts à l’ensemble du secteur, sont parfois considérés comme plus favorables aux grandes structures.


