Face à l’aggravation du stress hydrique, chercheurs et experts se sont réunis à l’Université Euromed de Fès pour examiner les conditions d’un recours durable à l’eau dessalée dans l’agriculture. Le Maroc ambitionne d’affecter 30 % de sa production d’eau dessalée à l’irrigation d’ici 2030.
Le dessalement pourrait devenir l’un des principaux leviers d’adaptation de l’agriculture méditerranéenne au changement climatique. Cette perspective était au centre d’un séminaire organisé les 21 et 22 octobre à Fès par l’Université Euromed de Fès et le Groupe interacadémique pour le développement.
La rencontre a rassemblé des spécialistes autour des solutions technologiques susceptibles de renforcer la résilience des exploitations agricoles confrontées à la raréfaction des ressources hydriques. Les discussions ont notamment porté sur la place que pourrait occuper l’eau de mer dessalée dans les futurs modèles agricoles de la région.
Le coût énergétique au cœur des discussions
Si le dessalement offre une ressource complémentaire relativement indépendante des précipitations, son utilisation à grande échelle dans l’agriculture reste confrontée à plusieurs contraintes. Le coût de production de l’eau, les besoins énergétiques des installations et les conséquences environnementales du procédé figurent parmi les principaux défis à résoudre.
Les participants ont ainsi examiné les possibilités d’alimenter les unités de dessalement avec des énergies renouvelables. Une telle orientation permettrait de réduire leur empreinte carbone tout en améliorant la viabilité économique de l’eau produite.
Les échanges ont également abordé les relations entre l’eau, l’énergie et la production agricole. Dans cette perspective, l’hydrogène vert pourrait notamment contribuer à la fabrication d’engrais moins dépendants des énergies fossiles.
Un objectif de 30 % pour l’irrigation
Au Maroc, le dessalement occupe une place croissante dans la stratégie de sécurisation de l’approvisionnement en eau. Le Royaume prévoit de consacrer à l’irrigation 30 % de l’eau dessalée produite à l’horizon 2030.
La réalisation de cet objectif dépendra cependant de la capacité des différents acteurs à diminuer les coûts, à améliorer l’efficacité énergétique des installations et à maîtriser leurs effets sur les écosystèmes marins.
Au-delà des infrastructures, les experts réunis à Fès se sont intéressés aux nouvelles pratiques agronomiques capables d’aider les exploitations méditerranéennes à mieux résister aux périodes de sécheresse et à la baisse des ressources conventionnelles.
L’intelligence artificielle pour optimiser les procédés
L’Université Euromed de Fès entend également mobiliser les technologies numériques et l’intelligence artificielle afin d’améliorer les procédés de dessalement. Des collaborations avec les entreprises du secteur pourraient permettre d’optimiser le fonctionnement des installations, de réduire leur consommation énergétique et d’en limiter les coûts.
Les conclusions du séminaire alimenteront les préparatifs du colloque international «Parmenides XII», programmé à l’automne 2027 à Saragosse, en Espagne, en partenariat avec le Centre international de hautes études agronomiques méditerranéennes.
Ce prochain rendez-vous permettra de confronter l’expérience marocaine aux solutions développées dans les autres pays méditerranéens, alors que la sécurisation de l’eau agricole devient un enjeu commun à l’ensemble de la région.


