Considéré comme l’un des chantiers énergétiques et géopolitiques les plus ambitieux du continent, le Gazoduc Africain Atlantique franchit un cap décisif. Après la signature de l’accord intergouvernemental (IGA) par la CEDEAO, Amina Benkhadra, Directrice Générale de l’ONHYM, revient pour Médias24 sur les prochaines étapes clés pour concrétiser le premier flux de gaz prévu à l’horizon 2030. (D’après un entretien exclusif accordé à Médias24)
L’accord intergouvernemental (IGA) signé le 19 juillet 2026 à Freetown marque une bascule historique. Ce texte formalise l’engagement conjoint des États membres de la CEDEAO et du Maroc autour d’un cadre juridique, institutionnel et de gouvernance harmonisé.
Pour Amina Benkhadra, cette avancée permet de sortir de la phase des études pour entrer de plein pied dans la structuration opérationnelle et financière du projet.
Deux instances de gouvernance en cours de création
Pour piloter ce mégaprojet de 25 milliards de dollars, l’architecture institutionnelle va s’articuler autour de deux piliers stratégiques :
- La Société de Projet (SPV) : Basée à Casablanca, elle sera chargée de la mise en œuvre, du suivi technique et de la gestion opérationnelle du chantier.
- La Haute Autorité du Gazoduc : Établie à Abuja (Nigeria), elle assurera la régulation, la supervision politique et la coordination inter-États.
Cette gouvernance régionale intégrée vise directement à rassurer les investisseurs internationaux en offrant une lisibilité maximale et en réduisant les risques politiques et financiers.
« L’ancrage de cette gouvernance régionale renforce la crédibilité et la bancabilité du projet, condition sine qua non pour mobiliser les investisseurs institutionnels. »
— Amina Benkhadra, Directrice Générale de l’ONHYM.
L’agenda vers la Décision Finale d’Investissement (FID)
Avant de voir circuler la première molécule de gaz (« first gaz ») prévue en 2030, plusieurs jalons décisifs doivent encore être franchis :
- La signature des accords commerciaux (Offtake) : Sécuriser les contrats d’achat de gaz auprès des producteurs nigérians et des acheteurs régionaux et européens.
- La structuration du financement : Finaliser les levées de fonds combinant fonds souverains, bailleurs multilatéraux et capitaux privés.
- La Décision Finale d’Investissement (FID) : L’aval définitif qui déclenchera le début des travaux d’ingénierie et de construction lourde.
Un levier d’intégration pour 400 millions d’Africains
S’étendant sur plus de 6 900 kilomètres et traversant 13 pays, le gazoduc ne constitue pas un simple tuyau d’exportation vers l’Europe via le réseau Maghreb-Europe. Il est conçu comme la colonne vertébrale énergétique de l’Afrique de l’Ouest, destinée à alimenter les centrales électriques locales, dynamiser le secteur minier et accélérer l’industrialisation régionale.
Source: Medias24


