Après plus de dix ans de baisse continue, les prix des panneaux solaires pourraient repartir à la hausse sous l’effet des tensions géopolitiques, de la réforme fiscale chinoise et de l’augmentation des coûts des matières premières stratégiques.
Longtemps considéré comme une technologie coûteuse réservée à une clientèle aisée, le solaire est devenu l’une des sources d’électricité les moins chères au monde grâce à une chute spectaculaire des coûts de production. Les panneaux photovoltaïques ont vu leurs prix diminuer d’environ 90% en une décennie, tandis que les batteries domestiques de stockage ont connu une évolution similaire.
Cette baisse massive a permis au solaire de s’imposer comme un pilier de la transition énergétique mondiale. En Europe, l’énergie solaire a couvert près d’un quart de la consommation électrique en 2024 et constitue désormais l’une des principales sources de production d’électricité du continent.
Mais plusieurs signaux laissent désormais entrevoir un retournement partiel de tendance.
Premier facteur : la dépendance mondiale à la Chine. Aujourd’hui, plus de 80% de la chaîne mondiale de fabrication des panneaux solaires est contrôlée par les industriels chinois. L’Union européenne importe à elle seule pour plus de 11 milliards d’euros de panneaux solaires chinois par an.
Or Pékin a récemment décidé de réduire progressivement les remboursements de TVA accordés aux exportateurs de produits photovoltaïques et de batteries. Depuis avril 2026, le remboursement de TVA de 9% sur les panneaux solaires exportés a été supprimé, tandis que celui concernant les batteries commence lui aussi à être réduit avant une suppression totale prévue en 2027.
Cette réforme fiscale devrait mécaniquement renchérir les coûts des modules photovoltaïques exportés hors de Chine.
Les experts du secteur estiment que cette seule mesure pourrait entraîner une hausse d’environ 10% du prix des panneaux solaires dans les prochains mois.
À cela s’ajoute la flambée des matières premières utilisées dans les technologies solaires, notamment l’argent métal, le cuivre, l’aluminium et le lithium.
L’argent joue un rôle clé dans la fabrication des cellules photovoltaïques en raison de sa très forte conductivité électrique. Même s’il représente une faible part du poids total d’un panneau, il peut compter jusqu’à 30% du coût de fabrication d’une cellule solaire.
Or les prix de l’argent ont fortement progressé depuis le début de l’année 2026 sous l’effet des tensions géopolitiques, des craintes sur l’approvisionnement mondial et de la hausse de la demande industrielle, notamment liée aux centres de données et à l’intelligence artificielle.
Selon plusieurs analystes, les hausses cumulées des matières premières et les nouvelles mesures fiscales chinoises pourraient entraîner des augmentations de prix de 15 à 20% sur certains composants solaires d’ici la fin de l’année.
Le contexte géopolitique au Moyen-Orient contribue également à accélérer l’intérêt des ménages et des entreprises pour les solutions d’autoproduction électrique. Face à la volatilité des prix du gaz et des hydrocarbures, plusieurs fournisseurs européens constatent déjà une hausse des demandes de devis pour des installations solaires et des batteries domestiques.
Cette accélération de la demande pourrait à son tour accentuer les tensions sur les chaînes d’approvisionnement.
Pour autant, les spécialistes rappellent que le solaire reste aujourd’hui beaucoup moins cher qu’il y a encore deux ou trois ans. Malgré les hausses attendues, les prix demeurent environ 50% inférieurs aux niveaux observés en 2023.
Le marché reste également soutenu par les progrès technologiques et les efforts des industriels pour réduire leur dépendance à des matériaux coûteux comme l’argent, notamment à travers le développement de nouvelles générations de cellules utilisant davantage le cuivre.
Dans ce contexte, plusieurs acteurs du secteur estiment que les particuliers et entreprises souhaitant investir dans le solaire bénéficient encore actuellement d’une fenêtre favorable avant une possible remontée progressive des coûts au cours des prochains mois.
Source: euronews.com


