Le Maroc poursuit le déploiement de sa stratégie énergétique avec un double objectif : accélérer l’intégration du solaire dans le secteur agricole et renforcer la sécurité des approvisionnements en carburants dans un contexte géopolitique sous tension.
Intervenant devant la Chambre des représentants, Leila Benali a souligné que l’énergie solaire constitue désormais une alternative crédible à l’utilisation du gaz butane dans les exploitations agricoles. Selon les données présentées par la ministre, plus de 56.000 systèmes solaires ont déjà été installés dans le secteur agricole à travers le Royaume.
Pour une exploitation agricole moyenne, l’investissement nécessaire avoisine 140.000 dirhams. Mais grâce à des économies estimées à près de 40.000 dirhams par an sur la consommation énergétique, l’amortissement peut être réalisé en moins de trois ans. Le ministère met également en avant les bénéfices liés à une meilleure gestion des ressources hydriques, dans un contexte marqué par des épisodes répétés de sécheresse.
La ministre a rappelé que le gouvernement a travaillé sur l’amélioration du dispositif d’agrément des installateurs de panneaux solaires ainsi que sur l’application de la loi 28-21 relative à l’autoproduction d’électricité. Ce cadre permet désormais aux agriculteurs de produire leur propre électricité et d’injecter le surplus dans le réseau national.
Parallèlement à cette transition énergétique dans l’agriculture, le gouvernement cherche à consolider la résilience énergétique du pays face aux risques internationaux pesant sur les marchés des hydrocarbures. Le ministère prévoit ainsi un important renforcement des capacités nationales de stockage des carburants.
Les capacités de stockage ont atteint 3,2 millions de mètres cubes en 2025, grâce à une hausse des investissements de plus de 30% au cours des trois dernières années. Une nouvelle feuille de route prévoit d’ajouter plus de 1,5 million de mètres cubes supplémentaires d’ici 2030, pour un investissement global estimé à 6 milliards de dirhams à partir de 2026.
Le gouvernement poursuit également la mobilisation des infrastructures de la Samir, dont les capacités de stockage avaient déjà été utilisées en 2023 afin de sécuriser les réserves nationales de carburants. Les projets programmés devraient permettre d’ajouter 400.000 mètres cubes de capacité de stockage pour le gaz butane et 100.000 mètres cubes supplémentaires pour le kérosène d’ici 2030.
Autre chantier stratégique : la répartition territoriale des infrastructures énergétiques. Aujourd’hui, près de 80% des capacités de stockage restent concentrées dans les régions de Casablanca-Settat et Tanger-Tétouan. Le ministère souhaite diversifier cette implantation, notamment à travers le développement du port Nador West Med, appelé à jouer un rôle majeur dans les activités liées aux hydrocarbures et au gaz naturel.
En parallèle, le département de la Transition énergétique travaille sur une réforme du cadre législatif minier. Un nouveau projet de loi actuellement en concertation prévoit notamment l’introduction d’une « carte de mineur », le renforcement des sanctions en cas de négligence et la numérisation des procédures administratives via un registre minier national numérique.
Avec L’Economiste


