Le Maroc avance vers la structuration de son marché carbone international. Les autorités travaillent à la mise en place d’un dispositif normatif national encadrant les ajustements correspondants exigés par l’article 6 de l’accord de Paris, condition indispensable pour permettre des échanges internationaux de crédits carbone reconnus sur le plan multilatéral.
Selon la publication spécialisée Carbon Pulse, l’objectif est de doter le Royaume, avant la fin de l’année, d’un cadre juridique et comptable pleinement opérationnel, garantissant l’intégrité environnementale des transactions de réductions d’émissions transférées à des pays tiers.
Ajustements correspondants : la clé de la crédibilité climatique
Au cœur du mécanisme figure le principe des ajustements correspondants, qui vise à empêcher toute double comptabilisation des réductions d’émissions de gaz à effet de serre. Concrètement, lorsqu’un projet réalisé au Maroc génère un crédit carbone exporté vers un autre État, le Royaume devra retirer cette réduction de son propre inventaire national, afin qu’elle ne soit comptabilisée qu’une seule fois.
Comme le souligne Carbon Pulse, ces ajustements constituent le socle de l’intégrité environnementale du dispositif de l’article 6. Sans règles claires, aucun transfert de résultats d’atténuation – les ITMO (Internationally Transferred Mitigation Outcomes) – ne peut être reconnu par la communauté internationale.
Le futur cadre marocain devrait préciser :
- les procédures d’autorisation étatique des projets,
- les règles de suivi, notification et vérification,
- ainsi que les modalités de traçabilité comptable conformes aux décisions de la CCNUCC.
Une anticipation stratégique des exigences des pays acheteurs
L’initiative marocaine répond à une évolution nette du marché. Les États acheteurs de crédits carbone exigent désormais des garanties juridiques complètes avant de s’engager dans des accords bilatéraux relevant de l’article 6. Sans cadre national formalisé, les projets restent inéligibles aux mécanismes internationaux les plus structurés.
En se dotant de ce dispositif, le Maroc se positionne comme un pays hôte crédible, capable d’offrir un environnement réglementaire sécurisé aux partenaires internationaux, qu’ils soient étatiques ou institutionnels.
Le Maroc, acteur précoce des coopérations climatiques
Le Royaume figure parmi les pays ayant manifesté un intérêt précoce pour les mécanismes de coopération volontaire de l’accord de Paris, notamment en raison de son potentiel dans les projets énergétiques, industriels et de transition bas-carbone.
La formalisation des ajustements correspondants constitue ainsi une étape décisive pour transformer ce potentiel en opportunités concrètes de coopération climatique, tout en préservant la cohérence de sa trajectoire nationale de décarbonation.
Pourquoi c’est stratégique – format KM
- Sans ajustements correspondants, aucun crédit carbone exportable n’est reconnu internationalement.
- Le cadre juridique devient un levier d’attractivité climatique et financière.
- Le Maroc anticipe les standards des marchés carbone post-Paris, plus exigeants et plus régulés.
- Cette démarche renforce la crédibilité du Royaume dans les coopérations climatiques bilatérales.
En structurant dès maintenant son dispositif normatif, le Maroc se donne les moyens de devenir un acteur fiable du marché carbone international, à l’intersection de la transition climatique, de la diplomatie environnementale et de l’attractivité économique.


