L’entrée en vigueur du Mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) de l’Union européenne ne concerne pas uniquement les industriels exportateurs. Selon Mohamed Boiti, docteur en sciences de gestion et spécialiste de la transition énergétique, cette nouvelle réglementation pourrait également avoir des répercussions importantes sur le secteur bancaire marocain, en augmentant le risque de crédit des entreprises les plus exposées.

Dans une analyse relayée par Finances News Hebdo, l’expert estime que les conséquences du mécanisme européen sont encore largement sous-évaluées par les établissements financiers. Le MACF, entré dans sa phase définitive en janvier 2026, impose progressivement une tarification carbone aux importations de produits fortement émetteurs de CO₂, notamment dans les secteurs du ciment, de l’acier, de l’aluminium et des engrais.

Or, plusieurs grands groupes industriels marocains actifs sur le marché européen figurent parmi les principaux bénéficiaires du crédit bancaire national. Selon Mohamed Boiti, toute dégradation de leur compétitivité liée aux nouvelles contraintes carbone pourrait fragiliser leur capacité de remboursement et accroître mécaniquement le risque porté par les banques.

À fin 2024, l’encours du crédit bancaire au Maroc dépassait 1.166 milliards de dirhams. Une part significative de ces financements est concentrée sur de grands groupes industriels fortement exposés au marché européen. Si ces entreprises doivent supporter des coûts carbone supplémentaires ou investir massivement pour réduire leurs émissions, leurs besoins de financement augmenteront tandis que leur rentabilité pourrait être affectée.

L’échéance la plus sensible interviendra en septembre 2027, date à laquelle les entreprises devront effectuer leurs premières déclarations officielles d’émissions au titre du MACF. Les sociétés qui ne disposeront pas de données certifiées risquent de se voir appliquer les valeurs par défaut fixées par l’Union européenne, généralement plus pénalisantes. Selon l’expert, cette situation pourrait entraîner des surcoûts compris entre 20% et 30% sur certaines exportations vers le marché européen.

Pour les banques, ce risque est particulièrement préoccupant car il est facilement identifiable et mesurable. Contrairement aux risques climatiques physiques liés aux sécheresses ou aux inondations, les impacts du MACF peuvent être évalués à partir des émissions des entreprises concernées et de leur exposition commerciale à l’Europe.

Face à ces enjeux, Bank Al-Maghrib a déjà engagé une première réponse réglementaire. La directive n°2/W/2025 impose aux établissements bancaires de renforcer l’identification et le suivi des risques financiers liés au changement climatique dans leurs relations avec les grands emprunteurs. Toutefois, Mohamed Boiti estime que les délais de mise en conformité prévus par cette réglementation, pouvant atteindre plusieurs années, créent un décalage avec le calendrier beaucoup plus rapide du mécanisme européen.

L’expert appelle ainsi les banques marocaines à accélérer l’intégration des critères climatiques dans leurs analyses de risque et à anticiper les conséquences du MACF sur leurs portefeuilles de crédit. Selon lui, la transition carbone ne constitue plus seulement un enjeu environnemental ou industriel, mais devient désormais une question centrale de stabilité financière.

Avec FNH

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