Et si les barrages marocains devenaient à la fois des réservoirs d’eau et des centrales électriques géantes? Une étude publiée en mai 2026 dans la revue scientifique npj Clean Energy avance une hypothèse spectaculaire: en couvrant environ 40% de la surface des barrages hydrauliques du Royaume avec des panneaux solaires flottants, le Maroc pourrait théoriquement produire l’équivalent de l’ensemble de sa consommation électrique nationale.

Derrière cette projection impressionnante se cache toutefois un enjeu peut-être encore plus stratégique pour le pays: préserver ses ressources hydriques dans un contexte de sécheresse structurelle.

L’étude, menée par des chercheurs des universités Abdelmalek Essaadi et Sidi Mohamed Ben Abdellah, intervient alors que le Maroc accélère sa transition énergétique avec l’objectif d’atteindre 52% d’énergies renouvelables dans son mix électrique à l’horizon 2030.

Mais contrairement au solaire terrestre classique, le solaire flottant présente une double fonction: produire de l’électricité tout en limitant l’évaporation des réserves d’eau.

Chaque année, les barrages marocains perdraient près de 909 millions de mètres cubes d’eau par évaporation. Un chiffre considérable dans un pays confronté depuis plusieurs années à une baisse continue de ses ressources hydriques.

Selon les chercheurs, l’ombrage généré par les panneaux flottants pourrait réduire cette évaporation d’environ 30% sur les surfaces couvertes.

Cette problématique devient d’autant plus critique que les réserves des barrages marocains sont passées de 8,9 milliards de mètres cubes en 2018 à environ 4,4 milliards en 2024 après plusieurs années de sécheresse sévère.

Dans ce contexte, le solaire flottant apparaît progressivement comme une technologie hybride capable de répondre simultanément à deux vulnérabilités stratégiques du Royaume: l’eau et l’énergie.

Les premières expérimentations marocaines sont déjà en cours.

Le projet le plus avancé se situe au barrage Oued Rmel, près de Tanger, porté notamment par le groupe Tanger Med en partenariat avec le ministère de la Transition énergétique.

Cette installation pilote vise une capacité de 13 MW afin de couvrir une partie des besoins énergétiques du complexe portuaire. Plusieurs centaines de plateformes flottantes y ont déjà été installées avec des milliers de panneaux photovoltaïques.

À terme, le projet pourrait couvrir environ 10 hectares du réservoir avec près de 22.000 panneaux solaires.

Un autre projet pilote fonctionne déjà à Sidi Slimane avec une installation de 360 kW produisant environ 644 MWh par an.

Pour autant, plusieurs experts appellent à relativiser les projections les plus ambitieuses.

Car même si le potentiel théorique paraît considérable, le solaire flottant reste confronté aux mêmes limites structurelles que les autres énergies renouvelables intermittentes: la production dépend fortement de l’ensoleillement et reste concentrée sur les heures de journée.

Produire suffisamment d’électricité sur une année ne signifie donc pas pouvoir répondre instantanément aux besoins du réseau à tout moment.

Le développement massif du solaire flottant supposerait également des investissements importants dans les infrastructures de transport électrique et dans les capacités de stockage d’énergie.

Les spécialistes identifient notamment le stockage hydraulique par pompage-turbinage comme une solution stratégique complémentaire. Le Maroc dispose déjà d’infrastructures comme Abdelmoumen ou Afourer qui pourraient jouer un rôle central dans l’intégration de ces nouvelles capacités renouvelables.

D’autres questions restent encore ouvertes.

Le Royaume ne dispose pas encore d’un véritable cadre réglementaire dédié au solaire flottant sur les infrastructures hydrauliques publiques. Les modèles économiques, les procédures d’appel d’offres, les contraintes de maintenance ou encore la résistance des installations aux variations du niveau d’eau doivent encore être validés à grande échelle.

Les coûts à long terme restent également relativement mal documentés faute de retour d’expérience suffisant.

Mais malgré ces incertitudes, le solaire flottant illustre une évolution importante de la stratégie énergétique marocaine.

Le pays cherche désormais à maximiser chaque infrastructure existante en croisant les enjeux énergétiques, hydriques et industriels dans une logique d’optimisation des ressources.

Dans un Maroc confronté simultanément au stress hydrique, à la dépendance énergétique et aux impératifs climatiques, les barrages pourraient ainsi progressivement devenir bien plus que de simples réserves d’eau: de véritables plateformes énergétiques multifonctions.

Avec Challenge

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