L’Afrique accélère brutalement sa transition solaire… mais sous forte dépendance chinoise. Selon les dernières données des douanes chinoises relayées par Reuters et le centre de recherche Ember, les exportations de panneaux et cellules photovoltaïques vers le continent ont bondi de 83% en avril 2026 sur un an, atteignant 123.787 tonnes.

Derrière cette explosion des importations se dessinent toutefois des trajectoires nationales très différentes. Tandis que certains pays misent sur le solaire pour répondre à l’urgence de l’électrification, le Maroc cherche désormais à construire une véritable filière industrielle locale afin de réduire sa dépendance extérieure.

Cette hausse spectaculaire intervient dans un contexte particulier. Les importateurs africains ont massivement anticipé leurs commandes avant la suppression, par Pékin au 1er avril 2026, du mécanisme de remboursement de taxe à l’exportation sur les équipements solaires chinois.

Résultat: les volumes expédiés vers l’Afrique avaient atteint un pic historique en mars avec plus de 209.000 tonnes avant de reculer mécaniquement en avril, sans pour autant retomber à leurs niveaux habituels. La demande africaine reste donc structurellement forte.

L’Afrique du Sud demeure le premier marché africain du solaire chinois avec 3.784 MW importés sur douze mois jusqu’en juin 2025. Le Nigeria, l’Algérie et le Maroc figurent également parmi les plus gros acheteurs du continent.

Mais c’est surtout la République démocratique du Congo qui attire l’attention avec une progression spectaculaire de 482% de ses importations de panneaux solaires en avril 2026.

Dans un pays où une grande partie de la population reste encore privée d’accès régulier à l’électricité, le solaire décentralisé devient progressivement la principale solution d’électrification des zones rurales et des petites activités économiques.

Cette dynamique dépasse largement le seul cas congolais. Selon Ember, les importations africaines de panneaux solaires chinois ont progressé de 60% sur la période 2024-2025, passant de 9.379 MW à plus de 15.000 MW.

Vingt pays africains ont atteint des niveaux records d’importation et plusieurs marchés franchissent désormais des seuils considérés jusqu’ici comme inaccessibles.

Le Maroc occupe, dans cette nouvelle géographie énergétique, une position particulière. Le Royaume reste l’un des principaux importateurs africains de panneaux chinois avec 915 MW importés sur un an, mais il cherche simultanément à développer une capacité industrielle locale.

Le pays a récemment doublé sa capacité nationale de fabrication de panneaux solaires pour atteindre environ 1 GW par an. Une montée en puissance qui vise à faire du Maroc non seulement un consommateur de technologies renouvelables, mais aussi une future plateforme industrielle régionale.

Cette stratégie s’inscrit dans un contexte où le Royaume poursuit ses objectifs de transition énergétique et de développement des énergies renouvelables, avec l’ambition de dépasser 52% de capacités renouvelables dans son mix énergétique à l’horizon 2030.

La loi sur l’autoconsommation solaire participe également à cette dynamique en encourageant le développement des installations décentralisées auprès des ménages et des entreprises.

Mais malgré cette accélération du solaire, les énergies fossiles continuent de dominer largement la facture énergétique marocaine. Les importations de produits pétroliers restent encore très supérieures, en valeur, aux achats de panneaux solaires.

Les dernières données de l’Office des Changes montrent d’ailleurs une forte hausse des importations de gasoil et de fuel au premier trimestre 2026, illustrant la difficulté de réduire rapidement la dépendance énergétique structurelle du Royaume.

Au-delà du cas marocain, l’offensive commerciale chinoise sur le solaire transforme profondément le paysage énergétique africain.

La Chine utilise désormais les marchés émergents, notamment africains, pour soutenir l’expansion mondiale de ses industries liées aux “new three”: véhicules électriques, batteries et solaire.

Cette stratégie permet à Pékin d’écouler sa production industrielle tout en renforçant son influence économique sur des marchés en pleine croissance.

Pour les pays africains, cette situation constitue à la fois une opportunité et un risque. D’un côté, les équipements chinois rendent l’énergie solaire plus accessible et accélèrent l’électrification du continent. De l’autre, cette dépendance quasi exclusive expose les économies africaines aux décisions industrielles et fiscales prises à Pékin ainsi qu’aux fluctuations des chaînes d’approvisionnement chinoises.

Le Maroc semble aujourd’hui vouloir emprunter une voie intermédiaire: continuer à profiter de la compétitivité des équipements chinois tout en construisant progressivement une base industrielle locale capable, à terme, de réduire cette dépendance et de servir d’autres marchés africains.

Une stratégie qui pourrait faire du Royaume l’un des rares pays africains à transformer la transition énergétique en véritable levier de souveraineté industrielle.

Avec Le360 Afrique

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