Le marché des obligations vertes franchit une nouvelle étape de développement avec une croissance soutenue et une diversification accrue des émetteurs. En 2025, les émissions de green bonds ont dépassé pour la première fois le seuil symbolique des 1 000 milliards d’euros, confirmant l’essor d’un segment devenu central dans la finance durable.
Selon Agathe Foussard, gérante de portefeuille chez Mirova, ce marché n’est plus une niche mais un univers obligataire à part entière, fonctionnant désormais selon des mécanismes proches de ceux des obligations conventionnelles. La composante environnementale reste présente, mais les décisions d’investissement intègrent également les niveaux de taux et les anticipations de marché.
Après un ralentissement observé en 2022 dans un contexte de hausse des taux d’intérêt et de tensions sur les marchés, les émissions ont retrouvé une dynamique de croissance modérée, estimée entre 4 et 5 % par an depuis 2023. Cette reprise s’accompagne d’une stabilisation du marché et d’une diversification progressive des profils d’émetteurs.
Initialement porté par des institutions supranationales comme la Banque européenne d’investissement, le marché s’est élargi après l’Accord de Paris à des entreprises privées, puis à des États souverains européens. Il couvre aujourd’hui une large gamme de secteurs, allant des services aux collectivités aux industries lourdes, en passant par l’automobile et les biens d’équipement.
Cette évolution traduit également une transformation des stratégies de financement, avec une intégration progressive des objectifs de transition énergétique dans les politiques d’investissement des entreprises. Les obligations vertes servent ainsi à financer des projets liés à la décarbonation, à l’efficacité énergétique ou aux énergies renouvelables, tout en restant exposées aux logiques de risque propres au crédit obligataire.
Le marché est désormais structuré autour de cadres normatifs plus stricts, notamment les Green Bond Principles, qui définissent les conditions d’émission et les obligations de transparence. Les émetteurs doivent préciser les projets financés, leurs objectifs et leurs modalités de suivi, avec des rapports d’impact réguliers.
Malgré cette structuration, les investisseurs institutionnels appliquent souvent leurs propres critères d’analyse. Chez Mirova, l’évaluation ne se limite pas à l’éligibilité technique d’un projet : elle intègre aussi la cohérence globale de la stratégie de transition de l’émetteur. Une obligation peut ainsi être exclue si l’entreprise ne présente pas une trajectoire environnementale jugée suffisamment ambitieuse ou crédible à l’échelle du groupe.
Dans ce contexte, les obligations vertes apparaissent comme un instrument financier hybride, à la fois adossé aux dynamiques classiques du marché obligataire et intégré aux politiques de transition énergétique, dans un environnement où la crédibilité des engagements devient un facteur déterminant.
Source: allnews.ch


