La mise en veille du projet de terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) à Nador remet au centre du débat la place du gaz dans la transition énergétique du Maroc. Ce projet, initialement conçu comme un levier de souveraineté, se heurte à des contraintes économiques et à un décalage entre capacité envisagée et besoins réels.

Au Maroc, la consommation annuelle de gaz naturel reste limitée, autour d’un milliard de mètres cubes, dont l’essentiel est absorbé par deux centrales électriques. La production locale ne couvre qu’une faible part de cette demande, estimée à environ 10 %.

Le projet de Nador prévoyait une capacité de regazéification de 5 milliards de mètres cubes par an, seuil jugé nécessaire pour assurer sa rentabilité. Or, même en intégrant les perspectives d’évolution, la demande nationale resterait bien en deçà. Les projections évoquent une consommation pouvant atteindre entre 1,5 et 3,5 milliards de mètres cubes, notamment avec le développement de nouvelles centrales et la substitution progressive du charbon dans l’industrie.

Dans ce contexte, l’écart entre capacité et usage fragilise l’équilibre économique du projet. La solution actuelle, consistant à importer du gaz via l’Espagne grâce au gazoduc Maghreb-Europe en flux inversé, demeure à court terme plus compétitive.

La question devient alors stratégique : faut-il investir dans une infrastructure lourde au nom de la souveraineté énergétique, même si sa rentabilité n’est pas assurée ? La suspension du projet traduit, selon les analyses, une forme d’arbitrage en faveur du réalisme économique.

Au-delà de ce cas, un consensus se dégage sur le rôle du gaz dans le mix énergétique. Il est considéré comme une énergie d’appoint, destinée à stabiliser le système électrique et à accompagner le développement des énergies renouvelables, plutôt qu’à constituer un pilier central.

Cette réflexion met en lumière un enjeu plus large : la transition énergétique nécessite une cohérence entre ambitions stratégiques, besoins effectifs et soutenabilité financière. Sans cet alignement, les investissements risquent de produire des infrastructures surdimensionnées ou sous-utilisées.

Avec Le Matin

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