Dans une offensive sans précédent, plus de 60 organisations agricoles américaines pressent Washington de lever les taxes douanières sur les phosphates marocains. Face à l’explosion des coûts de production, le « Farmer » américain choisit son camp : celui de l’approvisionnement fluide et compétitif garanti par le Royaume.
Le bras de fer entre les producteurs de céréales américains et leur propre administration vient de franchir un nouveau palier. Dans une lettre ouverte adressée au Secrétaire au Commerce, Howard Lutnick, un front uni composé de 50 groupes d’États et de 8 organisations nationales (maïs, soja, blé, riz) réclame l’abrogation pure et simple des droits compensateurs frappant les engrais marocains.
Un marché pris en otage par un duopole ?
À l’origine de cette discorde : une plainte déposée en 2020 par le géant américain Mosaic, soutenu par JR Simplot. Ces derniers accusaient l’OCP de bénéficier de subventions étatiques permettant de casser les prix sur le sol américain. Résultat : l’instauration de taxes douanières qui ont mécaniquement renchéri le coût des intrants pour les exploitations d’outre-Atlantique.
Aujourd’hui, les agriculteurs dénoncent une situation de rente. « Le maintien de ces taxes permet à un petit nombre d’entreprises puissantes de restreindre l’approvisionnement », fustigent les signataires de la lettre. Pour eux, la protection douanière de Mosaic se fait au détriment de la compétitivité de l’ensemble de la « Farm Belt » américaine.
Le phosphate marocain, carburant de la sécurité alimentaire US
Le phosphate n’est pas qu’un produit chimique ; c’est le moteur des rendements du maïs, du soja et du coton. En 2025, les engrais ont pesé jusqu’à 40 % des coûts d’exploitation pour certains fermiers américains. Dans un contexte de volatilité climatique et de tensions au Moyen-Orient, l’absence de l’offre marocaine sur le marché américain crée des pénuries artificielles et une inflation insupportable.
« Ces taxes ont contribué à la crise d’accessibilité financière qui sévit aujourd’hui dans nos campagnes », alertent les organisations agricoles.
Un réexamen décisif sous haute tension
Le timing de cette mobilisation n’est pas fortuit. Les autorités américaines (Département du Commerce et Commission du commerce international) sont actuellement en phase de réexamen de ces mesures. La décision qui en découlera déterminera si les navires de l’OCP pourront reprendre leurs rotations massives vers les ports américains sans entraves tarifaires.
Pour le Maroc, cet appui massif des utilisateurs finaux américains est une victoire diplomatique et commerciale majeure. Il démontre que l’engrais marocain est devenu un maillon systémique de l’agriculture américaine, au point que ses propres exploitants se transforment en lobbyistes pour le Royaume, contre leurs propres champions industriels nationaux.


