Le Maroc franchit un nouveau palier dans sa transition énergétique. L’Autorité nationale de régulation de l’électricité (ANRE) a validé la capacité d’accueil du système électrique national pour la période 2026-2030, confirmant une montée en puissance significative de l’intégration des énergies renouvelables dans le mix électrique du Royaume.
Selon les projections rendues publiques par l’ANRE, le système électrique marocain sera en mesure d’absorber une capacité cumulée de 10.429 mégawatts d’énergies renouvelables à l’horizon 2030. Ce niveau marque une progression notable par rapport aux périodes précédentes, avec une augmentation de plus de 1.000 MW par rapport aux projections 2025-2029 et de plus de 3.000 MW comparativement à la période 2024-2028. Cette dynamique traduit une évolution structurelle du secteur électrique, portée à la fois par la hausse de la demande et par le renforcement des infrastructures nationales.
La croissance des besoins énergétiques constitue l’un des principaux moteurs de cette évolution. Le développement de projets industriels de grande envergure, notamment les gigafactories, les unités de dessalement d’eau de mer, les projets liés à l’hydrogène vert ainsi que l’électrification progressive de certains procédés industriels, exerce une pression croissante sur le système électrique. À cela s’ajoutent les exigences énergétiques liées à l’organisation d’événements internationaux majeurs, qui renforcent la nécessité de disposer d’un réseau robuste et flexible.
Face à ces enjeux, le renforcement des infrastructures apparaît comme un levier central. Le plan d’équipement de l’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE) prévoit des investissements conséquents destinés à améliorer la flexibilité et la résilience du réseau. Stations de transfert d’énergie par pompage, solutions de stockage par batteries et turbines à gaz à cycle ouvert figurent parmi les équipements appelés à jouer un rôle clé dans la stabilisation du système et dans l’intégration des sources renouvelables, par nature intermittentes.
La validation de cette capacité d’accueil constitue un signal fort pour le marché électrique. Elle offre une meilleure visibilité aux investisseurs et renforce la crédibilité du Maroc comme destination attractive pour les projets d’énergies renouvelables. L’évaluation menée par l’ANRE repose sur un processus de concertation étroit avec l’ONEE et les gestionnaires de réseaux, afin d’assurer une appréciation réaliste des capacités de transport et de distribution.
Cette démarche vise également à optimiser les investissements futurs en garantissant un équilibre durable entre l’offre et la demande d’électricité. En anticipant les contraintes techniques, elle permet de maintenir des coûts compétitifs tout en améliorant la qualité du service et la sécurité d’approvisionnement.
La publication officielle de la capacité d’accueil s’inscrit par ailleurs dans une logique de transparence et de prévisibilité, conformément au cadre législatif régissant le secteur. L’ANRE a mis en place une plateforme numérique dédiée, accessible aux porteurs de projets, afin de faciliter la planification des investissements en énergies renouvelables. Ce dispositif a bénéficié du soutien de la Banque africaine de développement et de la coopération allemande.
Au-delà des aspects techniques, cette évolution s’inscrit dans une stratégie énergétique plus large. L’objectif du Maroc d’atteindre 52% d’énergies renouvelables dans son mix électrique d’ici 2030 répond à trois priorités majeures : renforcer la souveraineté énergétique du pays, améliorer la compétitivité industrielle grâce à un approvisionnement stable et maîtrisé, et réduire l’empreinte carbone nationale conformément aux engagements climatiques internationaux.
La concrétisation de cette ambition suppose non seulement une accélération du déploiement des capacités renouvelables, mais aussi une modernisation continue des réseaux électriques, notamment à travers leur digitalisation et leur automatisation. L’introduction du concept de capacité d’accueil dans la réglementation nationale illustre cette transformation en profondeur du secteur, en posant un cadre clair pour une intégration maîtrisée des énergies propres.
Par cette initiative, l’ANRE confirme son rôle central dans l’accompagnement de la politique énergétique nationale et dans la structuration d’un marché électrique plus résilient, plus attractif et tourné vers l’avenir.
Avec L’Economiste


