L’année 2025 restera comme un tournant dans l’histoire climatique contemporaine. À l’échelle mondiale, elle a confirmé l’entrée dans un nouveau régime climatique, marqué par une intensification rapide des phénomènes extrêmes et par la fin de l’exceptionnalité des événements météorologiques. Sécheresses, vagues de chaleur, incendies, inondations et anomalies thermiques se sont succédé avec une ampleur inédite, traduisant un basculement durable des équilibres climatiques.
Après des décennies d’alertes scientifiques, 2025 a marqué le temps de la confrontation directe avec les effets du réchauffement. Les records de température se sont multipliés, les océans ont connu des anomalies thermiques sans précédent, tandis que des incendies incontrôlables ont ravagé de vastes régions au Canada et que des inondations meurtrières ont frappé plusieurs pays d’Asie du Sud-Est. Sur les deux rives de la Méditerranée, des sécheresses simultanées ont mis en évidence la généralisation des déséquilibres hydriques.
Le seuil symbolique de +1,5 °C de réchauffement par rapport à l’ère préindustrielle n’apparaît plus comme une hypothèse lointaine. Selon le professeur Abderrahim Ksiri, président de l’Association des enseignants de sciences de la vie et de la Terre, le réchauffement s’inscrit désormais dans une dynamique cumulative plutôt que linéaire. Cette accélération perturbe profondément le cycle de l’eau, caractérisé par une atmosphère plus chargée en humidité, des précipitations moins fréquentes mais souvent plus intenses, et une variabilité accrue des saisons.
Ces évolutions ont des conséquences systémiques. Le climat s’impose désormais comme un facteur central de tensions économiques, sociales et géopolitiques. Les marchés agricoles sont soumis à une volatilité accrue, les déplacements de populations s’intensifient, les finances publiques sont mises sous pression et les inégalités se creusent entre les pays capables d’anticiper et ceux contraints de subir. De la scène diplomatique internationale aux cercles financiers, la question n’est plus de savoir s’il faut agir, mais si les sociétés disposent encore du temps et des moyens nécessaires pour le faire.
Dans ce contexte global, le Maroc a vécu en 2025 une succession d’épisodes climatiques révélateurs de sa vulnérabilité, mais aussi de sa capacité d’adaptation. Inscrit dans l’arc méditerranéen, le Royaume subit de plein fouet les effets du dérèglement climatique. Le stress hydrique, hérité de plusieurs années consécutives de déficit pluviométrique, est resté une préoccupation majeure durant une grande partie de l’année. Les niveaux des barrages sont demeurés bas pendant de longs mois, les nappes phréatiques ont continué de s’épuiser et l’agriculture, qui consomme près de 85 % des ressources en eau, a été fortement affectée, notamment dans les bassins du Souss, du Haouz et de Drâa-Tafilalet.
Le développement de cultures fortement consommatrices d’eau dans des zones déjà déficitaires a accentué les tensions économiques et sociales. À ces difficultés se sont ajoutés, durant l’été, des incendies majeurs qui ont touché les forêts du nord du pays, notamment à Derdara, dans la province de Chefchaouen, et à Benqarich, près de Tétouan. Malgré une mobilisation importante des moyens aériens et terrestres, plus de 500 hectares ont été ravagés, dans un contexte de vagues de chaleur atteignant localement 46 degrés Celsius.
L’année a également été marquée par des épisodes d’inondations localisées, parfois meurtrières, comme celles survenues en décembre dans la province de Safi. Ces événements ont mis en évidence la violence du nouveau cycle hydrologique, caractérisé par une alternance entre longues périodes sèches et pluies intenses, ainsi que les limites de certains aménagements urbains et infrastructures face à des phénomènes extrêmes.
Face à cette pression climatique croissante, l’action publique s’est intensifiée en 2025. Les autorités ont accéléré plusieurs chantiers structurants, notamment le développement des stations de dessalement, l’interconnexion des bassins hydrauliques, la sécurisation de l’alimentation en eau potable des grandes agglomérations et le renforcement des dispositifs de prévention et de gestion des risques climatiques. Un budget spécifique a été consacré à l’amélioration de la surveillance aérienne et des systèmes d’alerte précoce contre les incendies de forêt.
Sous l’impulsion des hautes orientations royales, la question climatique est désormais abordée comme un enjeu de souveraineté nationale. L’objectif ne se limite plus à la gestion de l’urgence, mais vise à inscrire le pays dans une trajectoire de résilience à moyen et long terme. Le Plan national de l’eau, la stratégie bas carbone et le développement des énergies renouvelables s’inscrivent dans cette approche globale.
Pour autant, les experts estiment que l’ingénierie et les infrastructures, à elles seules, ne suffiront pas. Le principal défi réside dans l’adaptation des modèles économiques et territoriaux aux contraintes climatiques. L’agriculture, en particulier, est appelée à être repensée en fonction de la disponibilité réelle des ressources hydriques. Selon Abderrahim Ksiri, il devient impératif de mettre fin au développement d’activités incompatibles avec les réalités environnementales locales.
Dans cette optique, le Maroc s’engage dans la promotion d’une agriculture plus résiliente et durable. Un récent rapport de la Banque mondiale souligne la mise en œuvre d’un programme multidimensionnel visant à renforcer l’agriculture durable, à développer l’irrigation dans les zones les plus exposées à la sécheresse, à moderniser les systèmes d’irrigation et à promouvoir les technologies agricoles adaptées au climat, notamment dans les régions de Chtouka, Tadla et Souss-Massa.
À l’issue de l’année 2025, le constat est clair : le Maroc n’est plus dans une phase d’anticipation, mais dans une adaptation contrainte à un climat déjà transformé. Pour 2026, la question n’est plus celle de la réalité du changement climatique, mais celle des choix collectifs et politiques qui permettront d’y répondre. Pour les spécialistes, une fenêtre d’opportunité subsiste encore, mais elle se réduit rapidement.
Avec Finances News


