Les premières pluies de janvier 2026 ont produit un effet immédiat sur les réserves hydriques du Maroc. En l’espace de cinq jours, le volume global d’eau stockée dans les barrages du Royaume a progressé de 540 millions de mètres cubes, faisant passer le taux de remplissage national de 39,2% à 42,5%. Une amélioration rapide et encourageante, qui ne masque toutefois pas les fortes disparités entre bassins.
Selon les données officielles arrêtées au 5 janvier 2026, les réserves totales sont passées de 6.583 millions de mètres cubes à 7.123 millions, traduisant l’impact direct des précipitations enregistrées depuis la fin de l’année. Cette hausse de 3,3 points en moins d’une semaine illustre la sensibilité du système hydraulique national aux épisodes pluvieux, notamment dans les bassins du Sebou, de l’Oum Er-Rbia et du Loukkos.
Cette embellie intervient après une année 2025 marquée par une pression continue sur les ressources en eau, conséquence d’un déficit pluviométrique prolongé et de plusieurs campagnes agricoles éprouvantes. Elle offre ainsi un répit bienvenu en ce début d’année, sans pour autant constituer un retournement durable.
Des barrages du Nord proches de la saturation
Dans plusieurs ouvrages, les apports ont été particulièrement significatifs. Le barrage Ahmed El Hanssali a vu son taux de remplissage progresser de 27% à 34%, grâce à un apport proche de 50 millions de mètres cubes. Le barrage Al Wahda, pilier du système hydraulique national, a bénéficié de plus de 130 millions de mètres cubes supplémentaires, portant son taux de remplissage de 50% à 54%.
Dans les bassins du Nord, la situation apparaît nettement plus confortable. Les barrages Sidi Med Ben Abdellah et Oued El Makhazine, déjà bien remplis fin décembre, ont frôlé leur capacité maximale, atteignant environ 98%. Cette situation renforce la sécurité de l’approvisionnement en eau potable et en irrigation dans ces régions, traditionnellement mieux arrosées.
Des ouvrages stratégiques toujours sous forte tension
À l’inverse, plusieurs barrages majeurs demeurent dans une situation préoccupante malgré l’amélioration globale. Le barrage Al Massira, essentiel pour l’alimentation en eau du Grand Casablanca et pour l’irrigation de vastes périmètres agricoles du Centre, stagne autour de 5% de remplissage. Les apports enregistrés restent insuffisants pour amorcer un redressement significatif.
Les barrages Bin El Ouidane et Hassan II affichent également des niveaux faibles, avec des hausses marginales de deux à trois points seulement. Cette situation continue de peser sur la production hydroélectrique et sur la disponibilité de l’eau à usage agricole, notamment dans les zones dépendantes de ces ouvrages.
Un répit fragile dans un contexte structurel tendu
Si l’amélioration observée début 2026 constitue un signal positif, elle ne remet pas en cause les déséquilibres structurels de la gestion de l’eau au Maroc. La dépendance accrue aux précipitations, combinée à la croissance démographique, à l’urbanisation et aux besoins agricoles, maintient une pression constante sur les ressources hydriques.
Face à cette réalité, les autorités poursuivent une stratégie de diversification des sources d’approvisionnement, fondée sur le développement du dessalement de l’eau de mer, la réutilisation des eaux usées traitées et le renforcement des interconnexions entre bassins.
L’évolution de la situation au cours des prochaines semaines sera déterminante. Un déficit pluviométrique prolongé pourrait rapidement effacer les gains enregistrés en ce début d’année. La vigilance reste donc de mise, en particulier pour les barrages stratégiques, dont la fragilité impose une gestion rigoureuse et une anticipation accrue des risques climatiques.
Avec Le360


