Produire de l’hydrogène vert ne dépend pas seulement du nombre de panneaux solaires installés. Deux études marocaines montrent que l’hiver, la disponibilité de l’eau et l’acheminement de l’énergie déterminent directement le dimensionnement des projets.
Deux travaux publiés le 15 octobre dans E3S Web of Conferences examinent des configurations marocaines distinctes. Le premier adapte à Midelt un système énergétique décentralisé fondé sur l’hydrogène. Le second évalue un corridor entre Aïn Bni Mathar et Nador West Med, combinant électricité photovoltaïque et eau de mer.
À Midelt, l’hiver change la taille du système
À environ 1.500 mètres d’altitude, Midelt connaît de forts écarts saisonniers. Le rayonnement solaire moyen retenu par l’étude atteint environ 3,4 kWh par mètre carré et par jour en décembre, contre 8,2 kWh en juin. Un système calibré sur le climat d’un autre territoire peut donc manquer d’énergie en hiver tout en étant surdimensionné en été.
Les chercheurs Chaymae Benhamza et Omar Ansari réévaluent la puissance photovoltaïque, la capacité des électrolyseurs, le stockage d’hydrogène et les piles à combustible. La durée d’utilisation des électrolyseurs, la taille des réserves et la maintenance influencent le coût final de l’hydrogène.
Dans l’Oriental, relier soleil intérieur et eau méditerranéenne
L’autre étude, signée par six chercheurs, analyse une filière reliant Aïn Bni Mathar, près de Jerada, au port de Nador West Med. Le schéma associe l’ensoleillement des hauts plateaux à l’eau de mer de la côte. Sa faisabilité repose sur le coût de l’électricité, le traitement de l’eau et le transport de l’énergie entre les deux sites.
Aïn Bni Mathar dispose déjà d’une centrale solaire-gaz-vapeur de 472 MW, dont 20 MW solaires. Nador West Med doit accueillir des zones industrielles, logistiques et énergétiques. La première phase du port est annoncée pour le quatrième trimestre 2026, avec une capacité de cinq millions de conteneurs et de 35 millions de tonnes de vrac par an.
Mais l’étude demeure une évaluation scientifique située en amont de toute décision d’investissement. Elle rappelle surtout que l’eau destinée aux électrolyseurs doit atteindre un degré élevé de pureté dans une région soumise au stress hydrique.
Des projets à adapter au territoire Pour rappel, les premiers projets retenus dans le cadre de l’Offre Maroc se concentrent dans les trois régions du Sud. Six projets portés par cinq investisseurs y ont été sélectionnés en mars 2025 pour 319 milliards de dirhams. Les études de Midelt et de l’Oriental élargissent le débat à d’autres territoires, avec des contraintes climatiques et hydriques propres.
Avec Barlamane


