La transition énergétique marocaine résiste globalement aux variations des prélèvements d’eau sur le long terme, mais elle demeure sensible aux épisodes de contraction à court terme. C’est la conclusion principale d’une étude publiée en 2026 dans Future Business Journal par Mohamed Naouri et Aicha El Alaoui, chercheurs à l’Université Sultan Moulay Slimane de Béni Mellal.
Trente-deux années de données analysées
Les auteurs ont étudié la période 1990-2021 en rapprochant les prélèvements annuels d’eau douce de la part des énergies renouvelables dans la production électrique. Le produit intérieur brut ainsi que le poids de l’agriculture et de l’industrie ont également été intégrés au modèle.
À long terme, l’analyse ne met pas en évidence d’effet statistiquement significatif des hausses ou des baisses des prélèvements d’eau sur la part de l’électricité renouvelable. Cette relative résistance peut s’expliquer par la montée du solaire photovoltaïque et de l’éolien, deux technologies moins gourmandes en eau que l’hydroélectricité, certaines centrales solaires thermodynamiques ou la bioénergie.
Une asymétrie marquée à court terme
Les résultats changent à court terme. Une baisse des prélèvements d’eau est associée à un recul beaucoup plus marqué de la part des renouvelables qu’une hausse des prélèvements ne contribue à l’augmenter. Dans le modèle, le coefficient correspondant à une variation négative atteint -5,28, contre +1,04 pour une variation positive.
Ces coefficients ne constituent pas une prévision directe de la production électrique. Ils décrivent une relation statistique au sein du modèle. Les chercheurs observent aussi une relation prédictive allant des baisses de prélèvements d’eau vers l’évolution de la part des renouvelables, et non l’inverse.
Les prélèvements ne mesurent pas directement la pénurie
La prudence reste nécessaire : une diminution des prélèvements peut provenir d’une sécheresse, de restrictions, de gains d’efficacité ou de changements dans les activités consommatrices. L’étude mesure donc l’utilisation de l’eau et non le stress hydrique lui-même.
Le photovoltaïque et l’éolien à privilégier
Les auteurs recommandent de mieux coordonner les politiques de l’eau et de l’énergie. Ils préconisent de poursuivre le développement du photovoltaïque et de l’éolien, d’améliorer l’efficacité de l’irrigation, de réduire les pertes dans les réseaux, de réutiliser davantage les eaux usées et de renforcer le couplage entre dessalement et énergies renouvelables.
L’étude repose sur 32 observations annuelles et mesure la transition à travers la seule part des renouvelables dans la production électrique. Ses résultats ne couvrent donc pas l’ensemble des usages énergétiques et doivent être interprétés comme un signal en faveur d’une planification conjointe de l’eau et de l’énergie.
Avec Le Matin


