La découverte de centaines de poissons morts à l’embouchure de l’Oum Er-Rabii remet au premier plan les fragilités environnementales qui menacent l’un des plus importants cours d’eau du Maroc. Pour de nombreux observateurs, cet épisode spectaculaire ne constitue pas un incident isolé, mais le symptôme visible d’une dégradation progressive de l’estuaire d’Azemmour.
Depuis plusieurs années, associations environnementales, habitants et acteurs locaux alertent sur l’état préoccupant de cette zone où se concentrent les effets de la sécheresse, de la baisse des débits, de l’ensablement et des rejets d’eaux usées insuffisamment traitées. La mortalité observée cette semaine apparaît ainsi comme le résultat d’un déséquilibre écologique devenu de plus en plus difficile à ignorer.
Selon plusieurs acteurs de la société civile, certaines portions du fleuve se transforment progressivement en zones d’eaux stagnantes, favorisant la concentration de polluants et la dégradation de la qualité de l’eau. Cette situation affecte non seulement la biodiversité aquatique, mais également l’ensemble de l’écosystème de l’estuaire.
L’Oum Er-Rabii, qui traverse plusieurs régions du Royaume avant de rejoindre l’océan Atlantique à Azemmour, subit aujourd’hui une accumulation de pressions. Les épisodes répétés de sécheresse ont réduit les volumes d’eau disponibles, tandis que l’urbanisation croissante et les activités économiques génèrent des rejets qui accentuent la vulnérabilité du milieu naturel.
Face à cette situation, les associations environnementales réclament l’accélération des projets de réhabilitation annoncés depuis plusieurs années. Parmi les priorités figurent l’amélioration du traitement des eaux usées, la lutte contre l’ensablement et la restauration des équilibres écologiques de l’estuaire.
Interpellé au Parlement sur ce dossier, le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, a indiqué qu’une opération d’urgence avait été menée pour rouvrir l’embouchure du fleuve. Il a toutefois reconnu que la problématique des rejets d’eaux usées dans la région d’Azemmour demeure un défi structurel qui nécessite des solutions durables.
Les conclusions d’une mission d’information parlementaire vont dans le même sens. Celle-ci a identifié plusieurs facteurs à l’origine de la dégradation du fleuve, notamment la sécheresse, l’accumulation des sédiments, la pression exercée sur les ressources hydriques et les impacts liés aux activités humaines. Parmi les recommandations formulées figure la mise en œuvre d’un programme intégré de réhabilitation incluant la réalisation d’infrastructures de traitement des eaux usées.
Au-delà de l’incident actuel, la situation de l’Oum Er-Rabii illustre les défis auxquels sont confrontés de nombreux écosystèmes aquatiques marocains. Entre changement climatique, croissance urbaine et pression sur les ressources naturelles, la préservation des fleuves et de leurs estuaires devient un enjeu environnemental mais aussi économique et social.
Pour les défenseurs de l’environnement, la mortalité massive des poissons observée à Azemmour doit désormais servir de signal d’alarme. L’enjeu n’est plus seulement de gérer une crise ponctuelle, mais de restaurer durablement un écosystème dont dépend une partie importante de l’équilibre naturel de la région.
Avec Al Ahdath Al Maghribia


