Dans son dernier rapport sur la sécurité alimentaire, la Banque mondiale cite le Maroc comme un exemple de réussite technologique et financière. Grâce à un mécanisme de partage des risques inédit, 30 000 agriculteurs du Royaume devraient basculer vers une irrigation solaire et intelligente d’ici 2027.
Nourrir 10 milliards d’êtres humains en 2050 tout en préservant des ressources en eau de plus en plus rares : c’est l’équation impossible que tente de résoudre le Groupe de la Banque mondiale dans son rapport « Nourrir et prospérer ». Au milieu des solutions globales, une initiative marocaine se distingue comme un modèle « reproductible » à l’échelle internationale.
Le partage des risques : Le secret de l’inclusion financière
Le principal frein à la modernisation agricole est souvent le risque de crédit. Pour le lever, le Maroc a mis en place une facilité de partage des risques entre trois acteurs clés : la Banque Centrale Populaire (BCP), la CMGP (leader national de l’irrigation) et la Société Financière Internationale (IFC).
Ce dispositif permet de rassurer les banques et d’ouvrir les vannes du crédit aux petits agriculteurs et aux TPME rurales. L’objectif est de financer l’installation de systèmes de goutte-à-goutte et de pompage solaire, remplaçant ainsi les moteurs gourmands en carburants fossiles.
30 000 bénéficiaires à l’horizon 2027
L’impact attendu est massif. D’ici 2027, près de 30 000 exploitants devraient avoir transformé leurs pratiques. Ce passage à l’irrigation de précision permet non seulement de réduire drastiquement la consommation d’eau, mais aussi d’abaisser les coûts d’exploitation grâce à l’énergie solaire, améliorant ainsi directement les revenus des agriculteurs.
Le Maroc, pionnier de l’innovation hydrique
L’exemple marocain illustre, selon la Banque mondiale, l’importance des partenariats public-privé pour réussir la transition écologique. Alors que le Royaume bénéficie déjà d’un appui allemand de 100 millions d’euros pour réformer sa gouvernance de l’eau (dessalement, gestion intégrée), ce volet agricole complète la stratégie nationale de résilience.
Un défi mondial : Réorienter les subventions
Le rapport souligne que le système agricole mondial actuel ne peut nourrir durablement que la moitié de la population. Pour combler le fossé, la Banque mondiale préconise :
Des investissements massifs : Entre 24 et 70 milliards de dollars supplémentaires par an d’ici 2050 pour moderniser l’irrigation.
Une réforme des aides : Réorienter une partie des 490 milliards de dollars de subventions agricoles mondiales vers des technologies productives et durables.
Le déploiement d’AgriConnect : Une initiative pour transformer les petits exploitants en acteurs de l’agriculture commerciale.
En doublant ses financements pour l’agroalimentaire (9 milliards de dollars par an d’ici 2030), la Banque mondiale confirme que le futur de l’alimentation mondiale passera par des solutions inspirées de la trajectoire marocaine : un mélange d’énergie verte, d’économie circulaire et d’ingénierie financière inclusive.
Avec Le Matin


